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Lundi 11 dcembre 2017
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Le Léviathan de Hobbes ou la République de Platon [Article d’opinion]

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Par  Skander TEMIMI 

Après observation du premier tour des présidentielles en Tunisie et des résultats de vote des électeurs, la question suivante devient aussi bien légitime qu’inquiétante surtout en termes d’attente de sa réponse que nous découvrirons, inéluctablement, le soir du 21 décembre 2014 :

Le Léviathan de Hobbes dévorera-t-il la République de Platon ?

Cette réponse est aujourd’hui entre les mains des citoyens tunisiens, inscrits sur les listes électorales, et qui iront bien évidemment voter : concrètement combien seront-ils et surtout pour qui voteront-ils?

D’abord, reprenons les notions et expliquons leurs emplois.

D’une part, le Léviathan de Hobbes est une allégorie par laquelle appelle le célèbre philosophe son « État » en en empruntant le nom du monstre décrit dans la bible, cet « État » ayant le pouvoir absolu expliqué par la théorie du « conatus » mais surtout réduisant l’humain à un être incapable de réfléchir et de distinguer le bien du mal et donc a besoin d’un souverain pour le guider et décider pour lui. Nous avions vécu dans cette allégorie plus de 50 ans, voulons-nous en reconduire l’expérience en « confiant » les pouvoirs législatif et les deux exécutifs à une même partie ?

D’autre part, la République du grand Platon est basée sur la théorie de la justice que reprenait Ibn Khaldoun et en fait le fondement d’une vie communautaire, justice incapable voire impossible de se réaliser dans un cadre Léviathanique malgré l’existence des lois car le souverain n’est pas du tout infaillible et surtout quand il a de multiples antécédents… Cette République valorise l’être humain et trace autour des valeurs humaines des lignes rouges à ne pas franchir. Nous nous sommes révoltés pour y vivre, pour accéder au rang des pays développés, n’en veut-on plus ?

Nous sommes en train de passer par une phase décisive de notre Histoire et le choix à faire doit émaner de notre conscient se basant dans son élaboration sur le rationnel et la logique et ne doit surtout pas être subjectif ou influencé par un inconscient collectif séquestré ou du moins nostalgique à la théorie Lacanienne du Nom-du-père encastrée tout au long des années de règne patriarcal et patrilinéaire. Que l’on veuille ou non, ce choix sera révélateur sur le degré de maturité de la majorité en Tunisie et en particulier de cette nouvelle génération qui porte le flambeau de l’espoir des militants et martyrs mais sera surtout porteur du résultat du combat intellectuel entre les « Léviatanistes » et les Républicains Platoniciens et en cas de victoire des premiers, nous conclurons avec amertume que cette société, comme l’ont répété les dictateurs, n’est point prête à la démocratie.

* Tunisky reste ouvert à tous vos articles d’opinion…à vos plumes.